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Accords du participe passé Pourquoi?

Pourquoi est-ce comme ça ? Pourquoi est-ce compliqué; ? Pourquoi est-ce différent ?
L'accord du participe passé employé avec l'auxiliaire "avoir" est un sujet épineux. Sujet de nombreux articles qui répondent souvent et bien à "comment faire?" ou "comment s'y retrouver?", à des "comment" d'application, des "comment" expliqués, mais donnent rarement les explications, les "pourquoi?". Alors, j'ose ici proposer quelques éléments de réponses, non exhaustifs! Comme il a été dit dans quelques articles précédents (cf. Lettre d'I F n° 96), l'orthographe est un outil de communication écrite.... pour celui qui écrit et pour celui qui lit. Donc repartons de là : de l'écriture, de l'expression de sa pensée, de la visée stylistique.
Pour faire simple : la phrase française a une forme canonique (1) et elle se construit sur le principe de la séquence progressive (2). Une fois que l'on a observé, en particulier dans des textes à visée informative, (mais aussi dans "l'étranger" de Camus, par ex.) ces particularités de la phrase française, on peut se pencher sur les variations, sur les dérogations, les manquements à cette forme primordiale .. et s'intéresser à leurs conséquences. Quand on chamboule "l'ordre canonique", c'est qu'on a une visée stylistique !
Un exemple simple pour mieux me faire comprendre :
Nos accords des participes passés obéissent à ces structures profondes de la phrase française.
Avec le verbe Etre
Nommé verbe d'état - le participe passé prend une valeur de sens adjective donc l'accord se fait selon les règles fondamentales. La fillette était tombée. La séquence progressive me donne dès le début l'information : féminin singulier que j'applique à chaque élément du verbe : sur "était" et sur "tombée".
(Participe passé à valeur adjective, accord avec le sujet)
Avec le verbe Avoir
Utilisé comme auxiliaire, c'est un peu différent, le participe passé; fait partie de la valeur informative du verbe.
La fillette avait déchiré sa jupe.
Tout est classique, c'est un texte informatif, la visée d'expression porte sur la fillette (S) et sur le G.V.: verbe "déchirer", ici, au plus que parfait et complété par un nom (COD) qui est ici "jupe" mais qui pourrait être "pantalon" ou ... Maintenant si ma "visée d'expression" porte sur "jupe" ( dans mon exemple), je vais devoir sortir ce mot de sa position secondaire (simple complément du verbe), aller contre la séquence de la phrase canonique et déplacer ce mot en meilleure position c'est à dire en tête et même redoubler son expression par l'utilisation du pronom -la-, donc, ce faisant, je vais au-delà de l'information pure et je donne une tournure nouvelle à ma phrase.
Sa jupe, la fillette l'avait déchirée.
En fait, on voit que ma volonté expressive qui prend pour thème "jupe" va faire affleurer une structure adjectivale profonde connue :
"Sa jupe (l'était) ... déchirée"
et d'ailleurs c'est cette valeur de sens que je cherchais en m'intéressant à ce qui était arrivé à la jupe ! Phénomène analogue avec le pronom "que" qui ouvre une proposition.
La jupe que la fillette avait déchirée était sa jupe du dimanche.
Dans cette phrase l'intérêt porte bien évidemment sur la jupe
1- parce que "jupe" est sujet de verbe principal "était"
2- parce que l'ordre canonique a été bouleversé dans la proposition relative : éviter une répétition. On a bien là une visée stylistique et la structure sous jacente qui affleure grâce à ce bouleversement "la jupe ... qui (était) ...déchirée ..."
Autre cas. Exemple : Il nous a reconduits à l'hôtel.
Là, c'est la séquence progressive qui est à l'oeuvre : le rythme de la phrase française veut que les mots soient rangés par ordre de longueur ! Le COD : "nous" sous forme de pronom est petit, il passe devant le verbe...rupture de l'ordre canonique et l'intérêt du locuteur porte sur "nous" structure sous-jacente à valeur adjective : nous (sommes) reconduits. A comparer avec : les étrangers que le chauffeur de taxi a reconduits à l'hôtel, s'étaient un peu perdus dans le dédale des ruelles. Le projecteur est bien mis sur "les étrangers" nom référent du pronom COD "que".
D'où l'on voit que pour les participes passés utilisés avec les auxiliaires Etre ou Avoir c'est la même règle qui s'applique ! Simplement il est parfois nécessaire, avec l'auxiliaire Avoir et quand le projet d'expression le demande, de retrouver- en évocations- (comment faire autrement) les structures fondamentales ! Pour les verbes pronominaux (vrais ou faux) c'est le même travail réflexif au delà des apparences.
Apparence : utilisation de l'auxiliaire être... structure profonde - auxiliaire avoir avec sa variation de dérogation à l'ordre canonique qui fait retrouver la valeur adjective du participe passé. Quant à l'orthographe des participes passés suivis d'un infinitif le recours à l'évocation des projets d'expression et des structures sous-jacentes permet de résoudre de la même manière les difficultés "apparentes". Permettre aux élèves d'aller au-delà des apparences et de trouver les fonctionnements fondamentaux, n'est-ce pas un des objectifs de la Gestion Mentale? Cette esquisse de travail ré;flexif sur l'accord des participes passés est plus facile à mener avec des élèves 4°/3° ou des lycéens qui ont pris l'habitude de diriger leurs évocations- en situation scolaire- et qui ont repéré ce qui est efficace pour eux : pour l'un, le mode d'emploi, pour l'autre, le schéma directeur, ou pour l'autre, l'organigramme mental qui l'aidera à conduire et soutenir son geste de réflexion et son paramètre 4.
En conclusion et pour répondre aux "pourquoi" du début ... en fait, c'est toujours le même accord, en structures profondes, même si superficiellement on croit être confronté à des règles d'accord différentes qui reflètent non pas des incohérences ou de bizarreries grammaticales, mais des "visées d'expression" différentes ainsi que la rythmique particulière à la phrase française.
La phrase française :
  1. Forme canonique = Sujet + Groupe verbal
  2. Principe de la séquence progressive :
    • On a les informations au fur et à mesure.(ou pour ceux qui comprennent avec un contre exemple, le français n'est pas comme l'allemand où le verbe est posé à la fin de la phrase)
    • Le rythme de la phrase française aime ranger les éléments : les plus courts plutôt en tête, les plus longs plutôt en fin.
Michelle LUCIANI, professeur de français.
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