logo de la federation

La Fédération des Associations Initiative & Formation

Apprentissage de l'orthographe d'usage

Hé oui! notre orthographe n'est guère transparente comme l'est celle du Finnois qui se base sur la correspondance d'un graphème pour un phonème. Mais quitterions-nous, pour autant, notre "douce France" pour la froide Finlande? Alors, comment aider ces milliers d'enfants en mal d'orthographe à se jouer de nos particularités orthographiques ?
 
L'expérience prouve, s'agissant du vocabulaire d'usage, thème de cet article, qu'on aborde efficacement le problème en cherchant à promouvoir l'habitude mentale d'évoquer les mots, comme le font ceux qui ont une orthographe dite "naturelle".Avant d'aborder l'aspect technique de la question, jetons quelque éclairage sur le sujet. Par exemple, comprenons qu'en utilisant les seules vingt-six lettres de l'alphabet latin pour écrire des mots qui se prononcent avec une quarantaine de phonèmes, cela ne pouvait pas aller. Pour combler ce déficit d'une grosse dizaine de lettres, nous avons fabriqué cent trente-trois graphèmes : o - au - eau . voire plus de cinq cents, si nous comptons les ault, aud, aux. et autres fantaisies. Ne parlons pas de l'apport des langues venues d'ailleurs, de la volonté, plus ou moins justifiée, de nos chers grammairiens de signifier l'étymologie grecque et latine dans l'orthographe des mots français. Bref, un vrai défi quotidien à dépasser.
Or, ce qui caractérise les sujets ayant une bonne orthographe, c'est leur capacité à évoquer toute indication orthographique nouvelle en toutes circonstances et ce, tout au long de leur vie (puisque nous sommes toujours amenés à compléter notre lexique). Plus tôt cette habitude est prise, plus vite les capacités orthographiques s'étofferont. Cependant, si ce n'est pas le cas par absence d'évocation des mots, l'habitude en question peut s'installer à tout âge, à condition de respecter un cadre précis de Gestion Mentale donnant de surcroît une importance essentielle au temps. L'idéal serait d'adopter cette pédagogie très ritualisée dès la fin de la dernière année de maternelle, de telle sorte que les enfants arrivent au CP en connaissant la nécessité du travail mental et puissent vivre l'accès au P2 comme une promotion jubilatoire et non comme une perte, eux qui, jusqu'alors, ne donnaient sens qu' au P1 pour comprendre, découvrir et inventer le monde.
Entrons dans le vif du sujet en décrivant plus précisément la démarche .
Partons d'un mot de trois lettres, familier aux enfants et riche de sens par tout ce qu'il suggère, comme le mot "mer". Etablissons un dialogue pédagogique afin d'amener les enfants à prendre conscience du contenu et de la richesse de leurs évocations : des paysages marins, du bruit et du rythme des vagues, des odeurs iodées, des saveurs salées, de l'eau glissant sur leur corps .Cette étape est aiément vécue et la bonne ambiance amène naturellement l'intérêt des enfants à focaliser leur attention sur ce qui se passe dans leur tête. Ils sont vraiment en attente de la suite. Alors, avec une certaine emphase, annonçons qu'ils vont gagner un nouveau pouvoir, à l'image des grands, en mettant aussi des lettres dans leur tête.
Le mot "mer" est écrit au tableau et, pour autant qu'ils sachent déjà écrire les lettres, invitons la classe à reproduire le mot dans l'espace puis sur l'ardoise ou le cahier, ensuite décrivons les lettres ou épelons suivant l'âge pour qu'ils répètent ce discours et laissons leur du temps pour bien voir le mot sur le tableau, sans rien faire. Maintenant proposons de choisir le moyen qui leur semble le plus facile et le plus efficace pour faire exister mentalement le mot. Il y aura, parfois avec maintenance du P1, ceux qui vont ressentir ou/et évoquer le geste d'écriture, ceux qui réentendront l'épellation ou s'entendront épeler, ceux qui reverront le mot écrit, sans compter ceux qui mixeront plusieurs procédures.
Il arrive que le passage P1 - P2 s'avère laborieux et qu'il soit alors impérieux de proposer la médiation d'un P3 ou d'un P4 pour dépasser l'obstacle. Pour le P3, nous disposons de ressources telles que l'étymologie, les mots de la même famille, les moyens mémotechniques. Pour ceux qui s'appuient sur un P4, les inciter à inventer des calligraphies variées tout en respectant les lettres et leur ordre (taguer le mot sur un cahier), à découvrir un lien inédit entre le sens et la forme du mot (coller le "m" sur une vague), se raconter des histoires, jouer avec les sons et les mots comme de les classer dans des catégories amusantes. Bien entendu, ce travail doit tenir compte de la forme des évocations : schémas centrés ou pas, présentation verticale ou horizontale, verbalisation réitérée etc.
 
Dernière étape, apprenons leur à mêmoriser en visant l'anticipation de la restitution sans oublier d'anoblir leur imaginaire d'avenir vers leur vie entière et pas seulement sur un usage scolaire. Ils doivent savoir aussi qu'ils ont la possibilité si le mot leur échappe de faire revenir le moment de l'apprentissage pour récupérer l'information.
Considérons cette démarche comme seulement l'entrée dans un processus une suite est nécessaire. Il va falloir, en effet, respecter le besoin de récurrence des enfants pour créer l'habitude mentale qui leur permettra d'évoquer spontanément tout mot nouveau : acquis essentiel non pour la seule orthographe mais aussi pour toute une scolarité.
Il s'agit donc de proposer un rituel constitué d'étapes successives au cours desquelles l'enfant est invité chaque jour et cinq jours par semaine à évoquer un mot nouveau (deux à partir du CE1),à réviser mentalement le ou les mots appris la veille et ceux appris sept jours plus tôt. Cela fait donc trois mots (ou six) par jour à apprendre ou à réviser. Toutes les quatre ou cinq semaines, semaine blanche : pas de mots nouveaux, mais travail évocatif sur les mots du mois et les mots des six mois précédents. Ces dix mots par semaine suffisent largement pour promouvoir une base orthographique correcte (3000 mots en 6 ème ).

 
Un contrôle est effectué à la fin de chaque semaine sur cinq mots choisis au hasard dans son classeur. Ce parcours oblige l'enfant à se projeter constamment vers un imaginaire d'avenir toujours plus lointain, ce qui assurera la mémorisation à long terme. Ce classeur constitué de feuilles format A5, joue un rôle important. Chaque page porte seulement trois mots , éventuellement illustrés, disposés verticalement, où chacun peut donc s'appuyer soit sur l'espace, soit sur la linéarité du temps. A chaque vignette correspond un calendrier de cinq cases pour noter la date, colorier le stade de l'apprentissage, le résultat des contrôles (un point pour l'échec, une étoile pour la réussite). Chaque enfant fait ainsi le point sur son travail et assume la responsabilité de reprendre ce qui n'a pas été acquis.
Les mots choisis doivent participer de la vie de la classe, mots du texte travaillé, de la leçon de mathématiques ou d'histoire. Mots nécessairement courts pour les néophytes, découpés et appris par syllabes, par groupes, éventuellement disposés verticalement, car l'expérience montre qu'on ne peut pas évoquer plus de trois, quatre, cinq signes à la fois quand on ne connaît pas, ce qui explique la nécessité de la syllabe, des classes dans la numération.
 
Cette démarche est contraignante et exige de tous un engagement certain. Mais les résultats sont probants (souvent au bout de six mois) et ce qui est difficile pour les familles l'est beaucoup moins dans le cadre scolaire où la journée est ritualisée apprendre deux mots nouveaux après la récréation du matin semble tout à fait naturel aux enfants. Il est entendu que les plus grands devront prendre en charge leur apprentissage sous l'impulsion du professeur.
Aucun enfant en difficulté ne peut se soustraire à un long effort pour apprendre l'orthographe d'usage.
Le travail proposé dans cet article vise à promouvoir une pédagogie spécifique pour conquérir les automatismes mentaux qui lui faciliteront cette tâche et le rendront autonome tout au long d'un cursus qui le fera aller de la copie à une expression écrite efficace. Ce parcours est une première étape dans l'acquisition de l'orthographe, la langue ne pouvant être réduite au seul vocabulaire. Il faut aussi s'attaquer à l'orthographe grammaticale. mais ceci est une autre histoire NB. Si l'enfant a un bon P3 on peut privilégier l'étymologie, comme ci-dessus. Mais un autre découpage est possible : médi-ter-ranée. Il correspond à une règle qui préconise de séparer les doubles consonnes entre la fin de la première syllabe et le début de la suivante, pour obliger l'enfant à prendre en compte les 2 consonnes ainsi séparées et donc mises en valeur. Ex : com-mer-ce.
France Pagés, orthophoniste
Liste des articles