La Fédération des Associations Initiative & Formation
Accompagner un enfant dyslexique
- Enfant dyslexique : ou comment éviter l'installation des évoqués tronqués.
- Les parents d'un enfant dyslexique s'interrogent souvent sur la meilleure façon de l'accompagner. Leur vive inquiétude, très compréhensible, les pousse dans une quête fiévreuse des moyens à mettre en œuvre pour apporter une aide souvent permanente. Or cette aide peut modifier le sens de l'apprentissage.
- Parmi les recours vers lesquels spontanément les parents se tournent, certains pourront avoir pour effet d'accentuer les difficultés. En voici l'illustration la plus courante. Ce jeune garçon est en 6 ème . Depuis le CP il a constamment à ses côtés une aide bienveillante. Les professionnels d'abord, une orthophoniste le suit depuis plusieurs années, chaque semaine. Un psychologue a été sollicité pour soutenir cet apprentissage laborieux. La cellule familiale ensuite se dévoue corps et âme pour sortir l'enfant de cet abîme. La mère se fait un point d'honneur à rester assise à côté de l'enfant pour l'accompagner dans ce douloureux apprentissage du lire-écrire. Parfois lorsque la profession maternelle n'autorise pas cette présence permanente, les parents ont recours à un étudiant rémunéré. Celui-ci reproduit le modèle et s'assoie consciencieusement près de l'enfant.
- Or que produit ce système ? L'enfant a toujours quelqu'un à côté de lui. Il n'est pas en situation vitale de prendre son autonomie et d'évoquer par lui-même. De plus, la présence pressante de quelqu'un à ses côtés peut paralyser l'enfant et l'empêcher d'évoquer. Un jour, suite à une conférence d'Armelle Géninet, une maman m'interroge : quels paramètres gère son fils (CM2) ? Mais le problème n'était pas là. La réponse que je lui donnais se résume ainsi : "Madame, vous êtes si brillante que c'est vous qui évoquez, ce n'est pas votre fils. Vous ne lui en laissez ni le temps, ni l'espace".
- Mais approfondissons la question. L'enfant dont le P1 visuel est fort trouve son bonheur à évoquer des images concrètes. Or, nous le savons, pour l'apprentissage de l'orthographe, l'aide la plus efficace sera évidemment de lui apprendre à évoquer les lettres et les mots.
- Cependant évoquer les lettres, les syllabes, les mots, les chiffres en P2 visuel est une pratique qui a besoin d'une pédagogie spécifique. C'est cette pratique non installée ou mal installée, dans la petite enfance qui engendre certaines dyslexies. Regardez les enfants. Donner-leur un mot à enregistrer choisi en fonction de leur âge. Présentons-lui le mot "voyage". Demandons lui ensuite de l'épeler. Il commence : "v o y", puis s'interrompt, suspend l'épellation pour jeter un coup d'œil interrogateur sur votre visage. Il vous regarde pour s'assurer que le début "est bon". Il est tellement empreint des notions morales "c'est bon, c'est mauvais", il a tellement peur de mal faire, qu'il est pressé de vérifier ce qu'exprime votre visage.
Il a tellement envie que ce coup-ci, ce soit "bon"! Et ce d'autant plus que vous le regardez faire et que vous vous empresserez de le féliciter en cas de réussite, renforçant ainsi ce scénario. Mais catastrophe ! Ce faisant, il a perdu l'évoqué du mot qu'il épelait. En vous regardant, il ne regarde plus dans sa tête, et horreur ! Il ne retrouve plus la suite. Cent fois répétée cette pratique devient une habitude, et dote l'enfant de mots tronqués dont il n'a véritablement évoqué que le début.
- Il y a donc des conditions propices à l'évocation de l'orthographe des mots.
- Ne pas s'asseoir à côté de l'enfant pendant qu'il travaille. Tournez-lui le dos et épluchez votre soupe. Ainsi ne risque-t-il pas de vous regarder. Il restera dans son évocation. Il regardera le mot dans sa tête, il l'épellera tranquillement pour lui, pas pour vous.
- Si vous embauchez un étudiant, commencez par lui apprendre les gestes de l'attention et de la mémorisation, puis l'épluchage des pommes pour faire une compote (cela développera l'esprit pratique de l'étudiant, œuvre d'intérêt public).
- Néanmoins, ces conditions ne sont pas suffisantes. Il faudra ensuite apprendre à l'enfant à évoquer les lettres et les mots.
- Apprenez-lui 0 passer d'une 2vocation concr7te (P1 visuel) un bateau par exemple, à l'évocation visuelle du mot écrit (P2) et à l'épellation . Ne nous contentons pas d'une évocation visuelle qui aura de grande chance d'être globale : l'enfant n'accéderait qu'à la silhouette du mot. Demandons-lui d'épeler : en ajoutant du temps dans son espace, il évoquera toutes les lettres du mot, et enregistrera des données solides et complètes.
- Les conjugaisons seront évoquées sur le même registre : épellation des terminaisons des verbes et visualisation écrite
- En outre, ne négligeons ni le mouvement ni la répétition. On apprend à écrire en écrivant. Pas en entourant des sons ou des mots sur une fiche. Le corps va intégrer les mouvements de la main, d'autant plus que les mots seront écrits en évocation. Les écrire deux ou trois fois suffit, à condition de réactiver régulièrement.
- Enfin, apprenez-lui à se projeter dans l'avenir. Il y a quelques années j'interrogeai une minuscule fillette de CE1 en grande difficulté d'apprentissage de l'orthographe des mots :
- - est-ce que tes grands-mêres savent lire et écrire?
- - ben oui !
- - elles savent toujours lire et écrire ?
- - Quand et où ont-elles appris ?
- Et voilà la découverte : les grands-mères, elles ont appris à l'école, il y a tès longtemps et elles savent encore lire et écrire. C'est cela l'école : on apprend pour toute sa vie.
- Partir aussi des projets de sens de l'enfant. Sur quelle structure surfe-t-il habituellement ? Est-il facilement reproducteur ou transformateur? A-t-il besoin de similitudes ou de différences? La première personne domine-t-elle la troisième? Est-il bloqué par le manque d'explications ou se complait-il dans les applications?
- Bref s'il doit prendre conscience de ses projets de sens c'est pour mieux fonder son aptitude à enregistrer les graphèmes et les phonèmes, au temps de l'apprentissage du "lire écrire". Le but étant de savoir reconnaître les mots et de les écrire correctement. Et rappelez-vous la conclusion de la petite Julie de CE1 : "maintenant, j'apprends les mots pour toute ma vie".
Martine CLAVREUL, formatrice en gestion mentale