D' autres inventent des moyens originaux pour réussir un apprentissage à partir du moment où leur imagination a été reconnue. Ainsi, les enfants en projet d' imaginer ne sont guère des champions de la dictée. Le code, les règles, les conventions et les obligations font que l' orthographe est rejetée par ce qu 'ils ne parviennent pas è l' insérer dans leur projet personnel. Et il ne suffit pas de les inviter à l'épellation mentale ou à la visualisation du mot pour les convaincre. Peut-on faire appel à son imagination pour apprendre l' orthographe?
On peut aussi mettre son imagination au service des mathématiques et penser la tangente comme un rayon laser vert et fluorescent, frôlant un cercle de feu comme Grégory (6°) ou imaginer que le mouvement que fait le sabre du Samouraï qui s' abat sur une brique et la partage en deux par le milieu représente une médiatrice, comme Emmanuel (4°). Et c' est par ce que les nombres avaient la forme de gâteaux en chocolat que Jouant a appris les tables de multiplications : il pouvait les manger mentalement à chaque bonne réponse! Enfin, Maïlys réussit bien à réduire les fractions au même dénominateur depuis que les nombres sont montés sur pattes, munis de jambes et de chaussures. Le nombre multiplicateur d' essai arrive en marchant sur son écran mental et repart en courant s' il ne convient pas!
Tout cela est-il bien nécessaire, diront les sceptiques? N' est-ce pas une perte de temps? Le jeu va-t-il durer longtemps? C' est méconnaître les capacités mentales des enfants. Faisons leur confiance : eux seuls sont en mesure de gérer leur monde mental. Le rôle de la médiation n' est pas dans l' interventionnisme mais dans l' ouverture aux conditions d' accés au sens pour chacun. Laissons la réponse à Laetitia : "Si je ne m' imagine pas quelque chose qui va me plaire, je vais m' arréter de lire" et à Antoine (2°) : "Je me lance s' il y a quelque chose d' intéressant (sous-entendu : d' imprévu) sinon je n'y vais pas".Tous ont donné du sens à leurs apprentissages à partir du moment où leur projet de sens personnel a été pris en compte.
L' imagination est une richesse merveilleuse, indispensable dans les apprentissages lorsqu' elle est structurée par un projet, mais qui peut aussi être perturbatrice ou déconcertante (il arrive que l' enfant échoue face à un exercice dit d' imagination, on ne crée pas forcément sur commande). Sa reconnaissance vraie ouvre à tous les possibles, non seulement pour ceux qui sont doués pour imaginer, mais aussi pour chacun de nous car "tous les êtres humains sont capables de créativité" (Antoine de la Garanderie).
Si on considère chaque enfant comme un être d' élite, avec la mission de sauver son originalité si on reconnaît son "étrangeté légitime", selon le mot de René Char, alors on permettra à cet enfant d' être lui-même dans ses apprentissages scolaires et donc de se concilier avec le monde. Et alors seulement on pourra l' inviter à être un chercheur de secrets, "un producteur de surprises fertiles", car ce que recherche l' enfant doué pour imaginer c' est "le plaisir de la rencontre avec l' inattendu".