La Fédération des Associations Initiative & Formation
Mon dieu, qu' ils sont bêtes !
- Sous ce titre un peu brutal, nous vous proposons quelques exemples réels qui permettent de ne pas conclure trop hâtivement qu' un enfant ou un élève est illogique, ne réfléchit pas ou dit n' importe quoi. On verra ainsi qu' il suffit souvent d' interroger les enfants et d' écouter leurs éponses pour, avec un peu de bon sens (et quelques connaissances en Gestion Mentale) établir avec eux une relation de confiance qui sera bénéfique au jeune et à l' adulte.
- Voici un problème simple : "Monsieur Durand achète au supermarché trois bouteilles de limonade à 7 francs pièce. Combien va-t-il payer?" Réponse de Céline, après réflexion = 9. Or cette enfant n' était pas bête, connaissait bien ses tables et avait le sens de la multiplication. Et la maman nous dit, inquiète à juste titre : "Voilà, il y a des fois où je ne la comprends pas. Parfois elle répond bien, et parfois c' est tout à côté". Nous avons reposé la question à Céline, en lui faisant faire de bonnes évocations,
(visuelles dans son cas) et le résultat a été 9 à chaque fois, même en lui faisant préciser le mot "francs". Jusqu'au moment où je lui ai demandé : "Mais que vois-tu au moment où il faut payer?" Réponse : Je vois une pièce de 5 francs et deux pièces de 1 franc. ça fait trois piéces. Et comme j' ai trois bouteilles, ça m' en fait 9. L' équivoque était levée : Céline avait bien raisonné mais elle ne savait pas ce que voulait dire 7 francs. Pour elle, ce mot "pièce" voulait dire que l' on payait avec des pièces et
elle cherchait quelles pièces de monnaie elle devait utiliser. Elle s' était donné sa propre évocation, à partir de laquelle elle avait trouvé sa solution, mathématiquement irréprochable.
- Un autre cas nous a été signalé par une institutrice. L' énoncé était le suivant : "Monsieur X. achète des places de cinèma pour sa famille composée des deux parents et de deux enfants. Les places pour les adultes coûtent 30F et celles pour les enfants 15F. Combien payera-t-il?" L' enfant avait écrit: 30 x 3 = 90 ; 15 x 2 = 30 ; 90 + 30 = 120 francs. Après bien des explications, la petite restait sur ses positions et la maîtresse pensait baisser les bras. Elle eut soudain l' idée de lui demander de justifier ses
opérations et l' enfant rèpondit que quand sa famille allait au cinéma, on emmenait toujours sa grand-mère. Cette enfant évoquait en première personne, c' est à dire qu 'elle imaginait sa propre famille et cela, dans le cas présent, lui jouait des tours. Il a suffi alors
de lui dire qu 'il ne s' agissait pas de sa famille mais d' une autre pour qu' elle fasse le problème juste. Un dernier exemple, pris au collège cette fois. En cours d' anglais, dans une classe de troisième dite "allégée", nous avions introduit et expliqué le mot rush-hours, (heures de pointe).
Lors d' un exercice (écrit) d' application. Il s' agissait d' utiliser like à la forme négative ou affirmative. Les trois quarts de la classe donnent la phrase suivante : "Workers like rush-hours". (Les travailleurs aiment les heures de pointe).
Comme la leçon portait sur les conditions de transport dans le métro londonien, cette réponse paraissait pour le moins illogique. En interrogeant les élèves, nous avons eu l' explication. Pour ces enfants, l' heure de pointe, c' est celle où l' on rentre chez soi après une journée de travail, et donc, on est heureux de retrouver sa maison. Ils n' étaient pas illogiques, ils n' étaient pas ignorants, ils avaient compris la question, ils étaient aussi intelligents que les autres. Des exemples d' illogisme apparent, nous pouvons en donner
des centaines, mais ils ne révèlent que très rarement une incapacité à raisonner. Ils proviennent très souvent d' une évocation correspondant à la compréhension de l' enfant qui, si elle n' est pas en concordance avec la signification généralement admise, entraîne une incompréhension mutuelle.
Devant des erreurs de ce type, la réflexion la plus fréquente dans la salle des profs, c' est : "Jamais je n' aurais imaginé qu' ils ignoraient le sens de ce mot., ils ont compris ce mot d' une autre façon je ne le pensais, etc."
C' est donc bien que nous sommes en partie responsables du malentendu. Il n' est pas question d' imaginer toutes les possibilités d' interprétations erronées (à nos yeux) que les enfants peuvent faire de nos propos. Mais il me semble important ne pas s' arrêter au constat qui sert de titre à cet article et de faire confiance à leurs capacités de raisonnement.
Donc, soyons curieux et optimistes! Devant une réponse illogique, offrons à nos enfants ou à nos élèves le bénéfice du doute avant d' évaluer leur production et interrogeons-les pour savoir pourquoi ils nous la donnent et comment ils ont fait pour arriver à ce résultat. Les explications sont souvent amusantes, les malentendus sont dissipés et l' atmosphère de travail en est heureusement changée car chacun est rassuré.
- Anne Ryon et Yvon Quévet, tous deux formateurs en gestion mentale et auteurs d' un ouvrage intitulé : "GEVOC, sur le chemin de la réussite" dont cet article est extrait en partie. Ce livre s' adresse aux parents et aux enseignants et montre d' une façon pratique comment diagnostiquer les modes de fonctionnement efficaces des enfants. Il contient également de nombreux conseils pratiques et de bon sens fondés sur plusieurs années d' entretiens avec des enfants .
- Commentaire de la rédaction :
- Les exemples rapportés dans l' article précédent portent témoignage de ce que tous les enfants, à tous les âges, agissent en toute occasion avec des projets de sens bien précis, quoi qu' il en paraisse à nos yeux d' adultes, et particulièrement d' enseignants : ce que nous attendons d' eux n' est pas forcément ce qui les anime. Pour ma part, j'aimerais ajouter cet exemple à ceux de nos amis bretons. J' animais une formation dans un collège. Le premier jour, j'avais fait découvrir aux participants la réalité du projet de sens.
Le lendemain, une jeune enseignante me raconte la chose suivante.
La veille au soir, en rentrant à la maison, elle avait vérifié le travail de son jeune fils. En petite classe primaire, il avait un exercice à faire. Il s' agissait de "mettre en ordre" une suite de mots sans lien apparent, c' est-à-dire de les regrouper pour former une phrase cohérente. Horreur ! L' enfant avait regroupé les mots d' une façon tout à fait insensée! La maman réfréna l' extériorisation de son angoisse devant un tel échec de la compréhension de son fils
et se rappela la formation de la journée. Elle lui demanda ce qu 'il avait voulu faire.
La réponse fut (à peu près) celle-ci : "quand je mets mes jouets en ordre sur mon étagère, je les range de gauche à droite par ordre de grandeur, en commençant par les plus petits. J' ai fait pareil avec les mots". Et, ça, c' était réussi. "Mettre en ordre" a-t-il un seul sens, celui, implicite, que lui donne le professeur dans la consigne d' un exercice de grammaire? La maman, bien que fraîchement instruite de ces réalités, n' eut pas grand mal
à rétablir un autre projet de sens pour cette consigne et tout rentra dans l' ordre.
- Comme il est bon, parfois, de constater l' utilité de nos formations ! Mais il y a, de cela, tant d' autres exemples ! Tous les formateurs en Gestion Mentale pourraient en citer des dizaines de ce type !
Anne Ryon et Yvon Quévet