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Pratiques pédagogiques en physique et chimie

Pratiques pédagogiques en physique et chimie
Georges GIDROL est professeur de physique depuis 1973 en collège, lycée et formation continue. Peu à peu sa pratique a évolué et s'est imprégnée des principes fondamentaux de la gestion mentale afin de permettre à ses élèves d'accéder à une compréhension approfondie des concepts étudiés. Sa pédagogie au quotidien respecte constamment l'activité mentale de ses élèves. Faciliter l'accès à la compréhension est un objectif constant car, en physique, les élèves rencontrent des obstacles spécifiques.
Découvrir le sens des phénomènes.
Etre attentif, c'est rendre présent le présent, mettre dans sa tête ce qui est encore à l'extérieur. La difficulté, vient lorsque ce présent extérieur n'est perçu par aucun des sens. Quand je suis devant un circuit électrique, je ne vois pas le courant, je n'entends rien, si je touche je ne sens rien. Quand je lis un roman, je vois les mots qui sont des codes, et ceux-ci me renvoient à ce qu'ils signifient parce que j'ai stocké des évoqués de sens qui me permettent de comprendre la phrase lue. En physique, le lien entre le perçu et l'évoqué est à construire à chaque nouvelle notion, en s'appuyant forcément sur certains acquis. Pour que la compréhension des élèves soit plus riche, qu'ils puissent aller plus loin, nous devons leur permettre de faire exister mentalement la réalité invisible que nous devons faire imaginer, la réalité quotidienne visible, les codes, les lois et les applications, ce qui se décline en P1-P2-P3-P4. Voir, plus loin, des exemples de balayage paramétrique.
Pour schématiser ce qui vient d'être dit, voici les chemins par lesquels il faut passer :
A faire découvrir et à compareré : Exemples :
La réalité, visible ou invisible L'eau de mer avec le sel dissous, son goût
Les grandeurs physiques La concentration molaire, son lien avec le volume..
Les formules C = n / V
Les unités Mole par litre, mole et litre
Les situations rencontrées ultérieurement On prélève une solution, on dilue, … exercices.
Exemple détaillé : Comprendre l'intensité du courant électrique.
Faire comprendre aux élèves que l'intensité est la même en tout point d'un circuit constitué d'une seule boucle relève de l'exploit.
Tout d'abord faire comprendre ce qu'est le courant électrique.
Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est l'analogie avec une situation à notre échelle : une ronde d'enfants avec chacun un chapeau, tous le même. L'enfant est l'analogue du noyau de l'atome, ses habits sont l'analogue de ses électrons, et un des habits (le chapeau) va circuler. Au signal du meneur de jeu, chaque enfant met son chapeau sur la tête de son voisin. Ainsi les chapeaux circulent mais lorsque le courant s'arrête, chacun est vêtu comme au départ. On n'a pas ajouté de chapeau comme on n'ajoute pas d'électrons au métal lorsque le courant circule.
Attention! Souvent les élèves ont acquis un point de repère et, s'appuyant dessus, affirment qu'ils ont compris alors qu'ils n'en sont qu'au balbutiement. Prenons l'exemple du déplacement des électrons qui constitue le courant électrique dans un métal. L'appareil le plus simple qui donne l'information est le filament d'une lampe qui s'échauffe au passage du courant. L'élève peut affirmer qu'il a compris, c'est à dire que pour lui, il est clair que si le filament s'échauffe, c'est qu'il y a du courant, donc qu'un courant se manifeste par la coloration du fil. Il en reste au filament. Or il est possible qu'un courant soit trop faible pour que le filament émette de la lumière. Je dois stimuler des évoqués plus riches, plus nombreux, plus précis, faire imaginer les atomes et certains électrons qui passent de l'un à l'autre.
Les analogies peuvent amener à la compréhension de l'organisation de la matière. Elles peuvent aussi empécher de saisir la réalité. Je dois donc, après les avoir présentées, décrire le plus fidèlement possible le réel et faire le parallèle avec nos analogies, sans oublier d'en faire ressortir les limites. Faute de quoi les élèves imaginatifs ne reviendront pas sur terre, et ceux qui sont proches du concret sans recul, se tromperont de réalité. Ils en resteront aux représentations de l'analogie.
Une analogie qui conduit à des impasses est celle des voitures comparées au courant électrique. Les voitures bloquées par un feu rouge s'arrêtent, mais celles qui sont derrière continuent de rouler un moment. Des élèves pensent que c'est la même chose pour le courant et que des électrons peuvent s'accumuler derrière un moteur ou un interrupteur fermé. Les métaphores pédagogiques, présentent un grand intérê;t pour l'enseignant : elles permettent d'accompagner la construction du sens par les élèves ; mais en même temps, elles portent en elles des limites dont il faut étre conscient.
Chercher la présentation la plus éclairante :
Je montre le circuit dont le schéma est proposé ci-dessous. Il contient un générateur pouvant fournir une tension allant de 1 V à 15 V réglable par potentiomètre, trois lampes sur support, et trois ampèremètres à aiguille dont le calibre est tel que lorsqu'on fait varier la tension, les aiguilles passent de la gauche à la droite de l'échelle. (Les multimètres à affichage numérique ne permettent pas cette perception immédiate que les trois intensités évoluent en même temps. Or c'est cela qui est important.)
Je demande, avant de lancer le courant, de signaler quel ampèremètre indiquera la valeur la plus forte.
On observe, et je fais varier l'intensité pour que les aiguilles passent d'une extrémité à l'autre du cadran.
Pensant qu'il fallait proposer une représentation mentale du courant, représentation évoluant avec l'intensité, j'ai demandé aux élèves : "Comment vous représentez-vous le courant dans le circuit? Comment vous représentez-vous un courant moins intense que le précédent? L'un d'eux a répondu : "Je vois un fil plus ou moins gros selon l'intensité qui le traverse".
Je montre alors le circuit précédent dont le schéma est au tableau, je fait varier l'intensité et montre le schéma. Je demande à toute la classe d'imaginer le circuit fin (peu de courant) puis d'imaginer que le trait symbolisant le conducteur grossit (plus de courant) . Je propose alors soit de voir dans la tête le fil grossir en tout point en même temps, soit de se décrire verbalement, intérieurement cette intensité qui reste toujours la même en tout point du circuit, et qui change partout en même temps lorsque l'intensité varie. (.....ou les deux types d'évocation). Ensuite, je dicte la loi : Dans un circuit à une seule boucle, l'intensité est la même en tout point". Je demande de vérifier dans sa tête si la loi et l'expérience expriment la même chose.
J'ai visé un passage par le P1 puis par le P2 avant d'assurer le passage de l'un à l'autre. Pour cela j'incite à percevoir l'un et évoquer l'autre, puis le contraire. Par ces évocations dirigées, les élèves ont un moyen de s'approprier cette notion.
Créer un climat propice à la compréhension et à la réflexion.
L'idée majeure est de trouver les meilleures conditions pour que les élèves pensent, c'est-à-dire qu'ils évoquent. Ma pratique repose sur quelques principes simples de gestion mentale. En voici quelques exemples efficaces.
Autre exemple : En 1° S la 1° loi de Newton
Je dicte la loi "Si un système matériel est soumisà un ensemble de forces dont la somme est nulle, le vecteur vitesse de son centre d'inertie reste constant, et réciproquement".
Une loi dictée sollicite en principe le paramètre 2 (ce qui ne veut pas dire que tous les élèves vont l'évoquer en P2). J'invite ensuite les élèves à relire pour comprendre, afin qu'ils repèrent le sens.
Puis je propose des situations de mouvement rectiligne (P1) Un train sur la ligne Dijon -Mâcon, un ascenseur loin des étages de départ et d'arrivée, une marche d'escalator, le tout à vitesse constante. On vérifie par un bilan de force que la somme des forces est bien nulle. Puis les élèves cherchent des situations où la loi s'applique encore (P3) avec élargissement par recours au P4.
A l'aide de mobiles autoporteurs, des élèves essaient de lancer le mobile de telle façon que sa trajectoire ne soit pas une droite. Ils ont beau faire tourner l'objet ou faire des contorsions avec leur main, dès que le mobile est seul sur la table, il a un mouvement rectiligne uniforme. On prend le temps de bien évoquer l'observation (P1), puis on repense à la loi et on compare (P1-P2-P3).
On peut repartir dans le P1 et faire émerger des exemples : une voiture glisse sur du verglas. Un train roule sur une voie rectiligne horizontale. Un hélicoptère descend vers le sol suivant une droite oblique.
Dans chaque exemple, on imagine les forces, on imagine le vecteur vitesse, on repense à la loi. La loi donne-t-elle la réponse ? Tout cela pour rendre la pensée mobile.
On aura aussi cherché ensemble un moyen de schématiser la loi (P2 P3) :
Je fais chercher une autre situation où cette loi ne s'applique pas (P3 - P4) objet en chute libre, train dans un virage …
Je demande que chacun cherche une question qu'on pourra lui poser et où il aura besoin de cette loi (P3 P4).
Autre exemple : le dosage. Séance TP cours de 1° S.
Je commence en faisant appel aux connaissances des élèves et à leur expérience : je cite les dosages de sucre dans les urines, de nitrate dans l'eau ou d ‘ozone dans l'air.
L'objectif est donné : "déterminer la concentration molaire en ion Fe 2+ d'une solution". On établit ensemble l'équation de la réaction et je donne le protocole pour réaliser le dosage (P2).
On déduit de l'équation de la réaction la relation entre les concentrations à l'équivalence en utilisant un tableau d'avancement (par exemple : C 0 . V 0 = 5 C R .V R ) (P2 / P3).
Pour enrichir leurs évocations en P1 et leur permettre d'imaginer ce qui se passe réellement dans le bécher, je fais faire un grand dessin de bécher où chacun représente les ions présents au début du dosage. Les élèves versent 1 mL de solution titrant de la burette. Ils reportent sur leur dessin les ions qui ont disparu et ceux qui sont apparus. On verse la solution titrant jusqu'à changement de couleur, c'est à dire jusqu'à l'équivalence, et là encore, ils complètent sur leur dessin les ions qui restent et rayent ceux qui ont disparu.
Ils ajoutent enfin une goutte en plus, contenant les ions qui permettront de savoir qu'on a atteint l'équivalence. Je demande de décrire ce qui s'est passé au niveau microscopique.
Je propose un exercice nouveau avec une autre réaction chimique. Puis je demande de trouver des couples de substances, l'une que l'on veut doser, et l'autre qui la mettra en évidence (P4).
Pour faire comprendre la notion d'équivalence et de volume équivalent, (P3) je raconte l'histoire suivante qui est une métaphore : imaginons un groupe de 20 filles qui veulent faire des danses folkloriques. Il faut 2 filles pour un garçon. Un animateur fait entrer des garçons dans la salle et les trios se forment alors qu'il y a de moins en moins de filles disponibles. Lorsque le 10° garçon entre, on a atteint l'équivalence. Le dosage est terminé. On a versé le volume équivalent de garçons. Comment l'animateur resté à l'extérieur saura-t-il qu'il a atteint l'équivalence ? Quand le 11° garçon entre et constate qu'il arrive trop tard, il hurle sa déception. Ce cri est pour l'organisateur l'équivalent du changement de couleur de l'indicateur coloé (ou du réactif) pour le chimiste. Savoir qu'il fallait 10 garçons permet à l'organisateur de savoir qu'il y avait 20 filles à l'intérieur. Cette recherche était un dosage des filles de cette salle.
On comprend que pour présenter une notion nouvelle, il ne suffit pas de l'énoncer et de faire des exercices. Il faut balayer tous les paramètres pour s'adresser au domaine mental privilégié d'une grande diversité d'individus.
Ces pratiques sont portées par le même désir : dé;velopper l'activité évocative, inviter à une compréhension approfondie du réel à condition que les élèves passent ensuite à la mémorisation pour ne pas tout perdre! Elles auront, on peut l'espérer, des conséquences sur la réussite des élèves et surtout, sur l'image positive qu'ils auront d'eux-mêmes. S'ils gagnent en responsabilité, ils sauront se projeter dans un avenir qu'ils pourront construire, avec ou sans la physique.
Georges GIDROL, formateur en gestion mentale
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