La Fédération des Associations Initiative & Formation
Vécu au stage de Poisy : EPS, Gestion mentale et Public à haut potentiel
- Animatrice tout public (de 18 mois aux grands vieux au delà de 85 ans) et orientée Bien-être et Relation d'Aide je me suis passionnée pour la gestion mentale en l'espace -et le temps- d'une lecture (Tous les enfants peuvent réussir d‘Antoine de La GARANDERIE et Geneviève CATTAN). Quotidiennement confrontée à l'apprentissage, j'y ai trouvé source d'aide, de compréhension de soi et bien sûr d'enrichissement.
- Après le cycle de base sur les gestes mentaux d'apprentissage et un travail plus approfondi sur GM et EPS, une opportunité exceptionnelle m'est offerte : animer des séquences de sport (EPS) pour pré-ado et adolescents lors d'un stage d'été destiné à des élèves dits “à haut potentiel” ou “intellectuellement précoces“ (EIP), ou “surdoués”.
- En guise de prèparation, je planche sur des activitès varièes telles que la relaxation, le fit-ball (énormes ballons), l'ultimate (friz-bee), les sports collectifs... Et je complète avec la lecture d'un livre traitant du monde de ces enfants et de l'approche plus ou moins adaptée de l'adulte -en milieu scolaire uniquement- face à leur(s) particularité(s). Ce que j'en tire théoriquement avant stage : l'enfant surdoué a l'intelligence ultra vive, la perception ultra fine, la sensibilité à fleur de peau (j'avais déjà constaté tout ceci avec un enfant de 6 ans que j'avais eu pendant 2 ans dans un groupe d‘animation gymnique).
- Je dèfinis alors les objectifs de mes prestations qui ont motivè mon projet d'animation sportive : ancrer leur vie intérieure dans leur corps, les faire descendre dans leur corps entier sans juger de ses parties. Bref, je m'imagine travailler bientôt avec des cerveaux qu'il va falloir “corporiser”.
- 15 jours plus tard, le vif du sujet...
- Premier contact : dans les deux groupes que je suis, il n'y a pas la moitiè des enfants qui soit comme je l'imagine : virtuose du basket ou du sport de glisse, scolarisé en sport étude ou adepte mordu du golf, des enfants, certes, qui ont des tas de réponses à des questions que je n'ai pas encore posées, mais qui n'ont rien à voir avec ces “décorporés” décrits dans le livre.
- Gestion Mentale et EPS : ils attendent du sport de l'action ; je leur demande de èflèchir aux mouvements efficaces et je les ennuie à mourir.
- Alors l'èchange sera le suivant : “Je m'engage à vous permettre de jouer et de vous dèfouler et vous vous engagez à mémoriser ce qui se passe dans votre tête pour traiter cela avec les formateurs”. Le contrat est passé pour des activités qu'ils vont finalement choisir ; mon projet d'animation est mis au rebut.
- Face à face pédagogique en EPS...
- L'extrême vivacité intellectuelle de ce public rendait les échanges pédagogiques passionnants et incroyablement efficaces : habituée à interroger mes publics sur les sens de l'activité physique que nous menons, je me trouvai face à des enfants qui avaient déjà toutes les réponses que j'aurais pu attendre, et d'autres encore...
- Exemple de tâche à réaliser : à partir de 15 endroits différents, accomplir des shoots sur un même panier de basket-ball.
- Projet : shooter et réussir à partir des emplacements les plus simples en vue de rectifier son acte moteur pour réussir des tirs plus compliqués.
- Un cas parmi d'autres de dialogue pédagogique
- Un stagiaire m‘interpelle - “La catastrophe, je suis nul à ça et je n'y arrive pas...” Magnifique projet négatif !
- Moi - Vas-y, fais devant moi et après nous en parlons”.
- J'observe tout, sa préparation au shoot, son attitude, son visage, son dynamisme, puis ses gestes des pieds à la tête. Le stagiaire tente, rate, s'empresse, recommence, mais rien n'y fait, il échoue 3 tirs sur quatre, se démoralise...
- Moi - Comment t'y prends-tu ?
- Le Stagiaire - J'essaie, je tire et je rate tout.
- - Qu'est ce qu'il y a dans ta tête au moment de tirer ?
- - Je me place, je dirige mon ballon d'une main, je pousse avec l'autre et avec mes jambes et je rate.
- - Je t'observe et il y a quelque chose que tu ne fais pas...
- - Quoi ?
- - Vas-y, refais et nous allons trouver..
- Nouvelle tentative, échec majeur...
- - Du calme ! Tu t'empresses de jeter ton ballon, ça rate, alors tu te dépèches. Pourtant il y a des ballons que tu réussis. Alors je vais te demander de te mettre en projet de prendre ton temps, de ne plus te débarrasser du ballon, mais de l'accompagner. Avant tes shoots, prends le temps d'aller sentir/voir dans ton corps tout ce qui se mobilise pour envoyer le ballon dans le panier. Et seulement au moment où tu as fais le tour de ton intérieur, tu shootes.”
- Essais ... Et l'élève passe alors à un taux de réussite de 3 sur 4.
- Moi - Que s'est il passé pour que tu réussisses ?
- Le Stagiaire - Je prends le temps de me sentir bien placé, j'analyse les parties du corps (jambes, bras, regard) et investis chacun de mes gestes avant de les réaliser.
- - Y parviens-tu dans le détail ?
- - Oui. D'abord les appuis, puis les genoux fléchis, élastiques, la poussée des bras (avec un bras qui pousse et une main qui dirige), je fixe ma cible, et je marque! (L'accord passé avec le groupe ne permettant pas de peaufiner davantage les évocations sur le terrain).
- Manifestement heureux de réussir, il prend conscience de l'expérience positive, se re-motive. J'en déduis, n'étant que “la prof de sport”, une revalorisation de son corps -douloureux car à tendance boulimique - qui lui permet enfin de réussir. Cette victoire de sa stratégie mentale valorise enfin son corps et lui permet d'exploiter au mieux l'acte moteur. Le stagiaire ressort satisfait, valorisé et meilleur.
- J'ai souvent constaté qu'un dialogue pédagogique de 3 ou 4 minutes en pleine séance d'EPS, initié par une observation bienveillante et attentive permettait de remédier rapidement à ce qui faisait défaut au stagiaire et qu'une réussite motrice pour ce public pouvait être une révélation (l'utilité du corps, et l'efficacité manifeste de son association à l'intellect). Cette expérience conscientisée lui permettait de progresser dans ses actes moteurs, d'y prendre un certain plaisir, de se rendre compte que même en sport (!) le cerveau et l'intellect ont leur place. Ce cheminement induit que ces deux derniers ne sont plus rivaux mais coopérants : l'atteinte du but dans l'acte moteur devient intimement valorisante (“j'ai réussis grâce à moi”) et l'image positive de soi s'en trouve restaurée.
- Chacun peut alors prendre conscience que le cerveau n'est pas uniquement au service du raisonnement intellectuel. En effet, mis au service du corps, il commande chaque réalisation motrice précise, et il devient un allié puissant et non négligeable. L' EPS ne peut se passer du "muscle réflexion conscientisée” ou introspection.
- Enfin, il n'est de meilleure évaluation que les témoignages des stagiaires eux-mêmes : l'un trouvant “pour la première fois un intérêt aux pratiques sportives”; l'élève sport-études découvrant ”une autre façon sensée et enrichissante de pratiquer”; d'autres enfin, heureux d'avoir pu se confronter aux difficultés de réalisations motrices et de les dépasser, en tireront une satisfaction bien méritée.
- Je dirai en conclusion que les freins les plus importants à la réussite en sport de ce public EIP sont d'une part l'anxiété, l'angoisse qui précipitent le geste, diminuent la précision et l'efficacité, d'autre part, “l'inutilité intuitive du corps”, ou perçu comme tel, qui les coupe d'une partie d'eux-mêmes et ne peut, par répercussion, que les limiter, les emprisonner.
- Dans le cadre de la pédagogie sportive, la pédagogie de la gestion mentale devient un vrai moyen de s'appartenir pleinement, de se maîtriser et de se construire positivement, c'est un accès puissant à la confiance en soi, à la confiance en sa capacité de décision, et d'action.
- Cette expérience a montré qu'il est aussi essentiel de penser avec son corps que de marcher avec son cerveau, les deux restant définitivement indissociables. A tenter et à renouveler.
Marina LAMBERT , formatrice en gestion mentale